Fondé en 1997, le bureau Ledroit Pierret Polet Architectes voit, dès 2000, ses réalisations exposées et progressivement reconnues par de nombreuses distinctions.
Leur architecture se construit à partir d’une lecture attentive du contexte écologique, social, programmatique et stylistique. De cette attention émergent des projets à la fois ancrés et autonomes, sensibles et affirmés.
Animé par le plaisir de la spatialité, le travail du bureau accorde une importance particulière au détail et à la matérialité, sans craindre la dimension décorative. En plaçant la vie au centre de l’architecture, il développe une réflexion minutieuse sur la manière dont les espaces sont vécus, parcourus et appropriés.
Au-delà des seules questions de fonctionnalité, cette démarche vise à produire des lieux singuliers, capables d’accueillir des usages multiples, évolutifs, parfois ambigus.
Le texte qui suit, écrit par Pierre Chabard, propose une lecture critique de cette pratique.
Une pratique de relations
[…] Au fond, qu’est-ce qu’un architecte de nos jours ? Un grand créateur, sorte de directeur artistique au service de la commande de luxe ? Un bouillant médiateur civique qui a troqué son équerre et son compas pour un porte-voix et une pile de palettes usagées ? Un virtuose arrangeur de normes, aux prises avec d’implacables maquettes BIM ? Dans un milieu architectural fragile, dont cette typologie sommaire et caricaturale ne fait qu’effleurer l’extrême hétérogénéité, LPPA tisse depuis une vingtaine d’années une pratique résolument artisanale, fortement localisée, aussi discrète qu’obstinée, aussi modeste que généreuse. […] LPPA, aux antipodes de tous les « schieven architek », pratiquent une architecture non pas d'objet, mais de relations, non pas de formes photogéniques, mais d'espaces habitables [...].
L'habitat comme terrain d'expérimentation
Dans sa première décennie d’activités, le bureau a principalement travaillé pour une commande privée, sur des projets de rénovation, transformation ou extension d’habitation, dans ces « maisons bruxelloises » que les élites avaient abandonnées dans les années 1970-1980 […]. Bruxelles est essentiellement une ville de maisons. […] Souvent trop grandes pour une seule famille, elles ont été découpées en appartements […]. Elles ont aussi intégré des espaces de travail, bureaux ou ateliers, cabinets médicaux ou agences d’architecture. Même occupées par une seule famille […], elles ont dû être considérablement adaptées aux modes d’habiter actuels […].
Ce sont à des dizaines d’opérations de ce type que Ledroit Pierret Polet ont prêté leur patiente attention, leur solide savoir-faire, leur goût oulipien pour la création sous contrainte. À l’écoute à la fois de leurs clients […] et de leurs maisons […], ils ont développé, éprouvé et ajusté, de projet en projet, un arsenal de réponses typologiques […].
Du domestique au collectif, une architecture de l’écoute
Économie de la forme, du geste et des moyens, recherche de transparence, de simplicité, de nudité des surfaces, travail d’ajustement réciproque du corps, de l’espace et de la lumière, leurs penchants naturels communs se sont […] ajustés constamment aux demandes […] de leurs innombrables clients. Loin d’une concession faite à reculons, cet art de l’écoute qu’ils cultivent produit une architecture miraculeusement inclusive, ouverte et empathique. Ils confessent eux-mêmes que ce dialogue ininterrompu a « discipliné [leur] égo d’architectes, » leur a enseigné un nécessaire et salutaire « lâcher prise », a enrichi leur palette chromatique, leur gamme de matériaux et leur vocabulaire ornemental.
[…] Leur architecture réussit la discrète prouesse, rêvée par Robert Venturi ou Charles Jenck, d’être à la fois savante et populaire, de recoudre la béance qui sépare souvent les architectes contemporains de leurs contemporains […].
L’architecture domestique ne fut donc pas pour LPPA un long et fastidieux purgatoire qu’il faut bien subir pour atteindre enfin le paradis de la commande publique. Ce fut une école – leurs « humanités » pourrait-on dire – qui détermine aujourd’hui leur approche sensible de tous les autres programmes qu’ils ont à traiter […].